Heart's Mechanic

V. 2 ( feat. Julian, Malcolm, Deirdre, Joshua & Evan)


    Comme une huitre sur une perle |Julian|

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    Message par Invité le Dim 11 Mai - 22:47

    Vendredi. Une nouvelle, une dernière journée avait suivi son cours à l'université, dans ce lieu où chacun guettait les gestes de l'autre, vérifiait qu'il n'avait rien de mieux pour mettre en danger sa propre popularité. Les longs monologues des professeurs, les rires qui se croyaient discrets venant du fond de la classe, la sonnerie indiquant la fin du cours de mathématique et le début de celui d'anglais; Il y avait tant à faire, tant à apprendre et si peu de temps pour y arriver !

    Kaede, quant à elle, en avait encore bien moins que les autres, choses qu'il était pourtant impossible à prendre en compte. Chaque matin, ou presque, était réservé à la lecture du livre soigneusement posé sur la table de chevet, remettant en mémoire pour un trop bref instant les souvenirs de la veille, allant du nom d'une personne rencontrée aux dernières leçons apprises. Avait-elle seulement le temps de se partager entre les relations et ce futur qui semblait si important aux yeux de Julian comme à ceux des autres ? Finir ses études, trouver un travail pour se débrouiller sans l'aide de quiconque... Ce genre de préoccupations n'étaient pas celles de l'eurasienne aux yeux tristes marqués par les profondes cernes qu'avait causé cette première semaine sur son organisme déjà fragile. Deux fois déjà elle avait dût réapprendre la totalité de sa vie et de ses connaissances, l'empêchant de dormir et même parfois de penser; Qui aurait put vivre une vie normale en oubliant systématiquement tout ce qui lui arrivait ?

    Fixant le vide sous ses pieds nus, les jambes repliées contre son corps mince, Kaede réfléchissait tout en restant assise au fond d'un des confortables divans qui garnissaient la pièce commune de la villa. Pendant ce temps là, d'autres étudiaient, et d'autres encore se risquaient à visiter la ville au dehors maintenant qu'ils en avaient l'occasion et l'autorisation. Elle, ne se sentant capable de rien faire, plongeait au plus profond d'elle-même, essayant d'atteindre ce point de stockage défaillant pour retrouver d'elle-même des images de son passé. Rien ne venait, sinon ce noir qui l'avait marquée à tout jamais à chaque fois qu'elle avait tenté de dépasser ses limites. La machine chauffait, la maintenait en vie, laissait échapper les seuls sons qui lui étaient familier au fond, mais la blessait également d'une manière qui ne portait, dans ce monde, aucun nom.

    Non, ce vendredi en fin d'après-midi, rien ne bougeait autour de Kaede - Comme une poupée abandonnée au centre d'une pièce qui évoluerait au fil des années alors qu'elle en resterait au même point. Jouer, mentir, croire, espérer, choisir, rêver. Des mots qui rythmaient la vie quotidienne de ceux du dehors, en partie également celle des autres mechanicals : La petite brune, dans son cas, garderaient probablement l'innocence d'une enfant tout en développant une tristesse que peu de personnes atteindront même au plein sommet de leur vie. Un bref sourire s'esquissa sur les lèvres roses avant de s'effacer sous le coup d'une émotion qui n'avait ni départ ni fin. Puis vint un froncement de sourcils appuyé d'un regard intrigué autant que concentré; Le livre ouvert qu'était le regard de l'orpheline indiquait clairement qu'une question la taraudait une fois de plus en ce moment qu'elle consacrait aux réflexions sur son état et ses relations avec l'extérieur.

    A quand le prochain oubli ?

    Vivre avec cette peur avait été, au début, littéralement cauchemardesque. La première phrase de son journal, astuce conseillée quelques années plus tôt par Julian à sa protégée, n'était pas allée plus loin que ces quelques mots : Peu importe ce que tu liras et vivras, sache que tu oublieras tout. Lire ce genre de chose de sa propre écriture avait été douloureux pour Kaede, malgré tout ce qui pouvait suivre ces quelques mots : L'introduction serait toujours la même alors que les souvenirs pourraient changer au fur et à mesure tant interpréter des descriptions et des sentiments d'une personne 'Inconnue' était difficile. Et après cette entrée soudaine à la fac, ce qui impliquait l'entrée dans ce monde auquel Kaede n'avait jamais voulu croire malgré ce qu'elle en avait apprit par le biais de la lecture, rien ne s'améliorait. En plus d'apprendre sa vie, il fallait réapprendre des choses que tout un chacun connaissait depuis des années.

    Une grimace succéda la réflexion mentale de Kaede tandis que ses jambes se détendaient et s'étiraient à présent devant elle, ses mains posées au niveau de ses cuisses dans le même effort d'étirement, un soupir s'offrit comme marque de son esprit tourmenté tandis qu'elle fermait les yeux sur le mauvais film en noir et blanc qu'elle vivait.

    Et quelles étaient ces valeurs qui faisaient avancer les jeunes d'Edimbourg ? Voilà une nouvelle donnée qu'elle ne comprenait pas, même en les observant encore et encore sans discontinuer : Des groupes, des clans se formaient. Cela encore restait clair dans l'esprit de la jeune fille, la petite famille qu'étaient les mechanicals pouvant passer comme tels. Mais chaque groupe semblait dominer un autre, et ce détail quant à lui ne trouvait aucune ressemblance avec ce que la brune savait. Plusieurs choses comme cela sonnaient bizarrement, comme cette manie de se présenter systématiquement aux autres tout en taisant plusieurs autres choses qui auraient dût pourtant se dire naturellement. La différence... Oui, la différence entre cette vie et la sienne était trop profonde et serait trop vite oubliée que pour être un jour assimilée : Les paumes de ses fines mains blanches vinrent se poser sur ses paupières fermées, approfondissant imperceptiblement l'état nocturne de son cerveau endommagé. Comment comprendre ce qu'il se passait, comment interpréter un second monde où elle avait tout à apprendre ?
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    Julian N. Johansson
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    Re: Comme une huitre sur une perle |Julian|

    Message par Julian N. Johansson le Lun 12 Mai - 23:49

      On était un vendredi, en fin d'après midi. L'hiver arrivait à pas lents mais sûrs au-dessus de la ville d'Edimbourg. Julian avait passé une journée des plus normales pour lui. Il avait fouillé, cherché, experimenté, inventé, lu, essayé, appris, mélangé ... Il passait toujours ses journées à ça. Pour ses protégés, pour leur présent, leur avenir, et pour lui-même. Améliorer les mécaniques de ceux qui étaient le plus handicapés par elles, mais aussi trouver comment réparer un coeur brisé, encore et toujours. Parce qu'il savait qu'en exposant ses orphelins réparés au monde exterieurs, ils étaient exposés à tous les dangers, dont le plus grand de tous : l'amour. Il tenait tellement à ses orphelins qui représentaient sa vie et ses derniers espoirs de vivre en se sentant quelqu'un, qu'il était prêt à tout pour eux. Jusqu'à consacrer ses journées, tout son temps, son énergie à eux. Trouver comment améliorer leurs réparations, pour ceux qui en avaient le plus besoin, trouver comment prévoir leur avenir incertain et les protéger à sa façon, avec tout ce qui était en son pouvoir. La mécanique, voilà ce qu'il pouvait leur donner, mais aussi des paroles protectrices, et de l'amour paternel, et il esperait en faire autant qu'il le pouvait.

      Il s'était toujours préparé à leur départ, parce qu'au fond de lui, il avait toujours su qu'il faudrait leur dévoiler le monde réel, tel que lui l'avait vécu, tel que tous les humains de cette planète le vivaient au quotidien. A quoi est-ce que cela servait au fond, de tout leur cacher ? Un jour viendrait où il décéderait. Et alors, le temps viendrait pour eux de prendre leur envol, alors qu'ils seraient déja bien âgés, et sans l'aide que Julian pouvait leur apporter. Seulement lui voulait être là pour eux, ne jamais les laisser tomber. Il avait décidé d'être leur père, celui qui veillait sur eux, et comptait jouer ce rôle aussi longtemps et aussi parfaitement que possible.

      Il sortait donc de sous les toits, de là où il guettait autant que la hauteur lui permettait, l'arrivée de ses protégés aussi régulièrement que possible. Il leur laissait des libertés, mais moins ils trainaient dehors, mieux il se portait. Pourtant, en même temps, il avait envie qu'ils découvrent ce monde, qu'ils se fassent des amis, qu'ils se fassent accepter ... Oui, tout se mélangeait dans son esprit, mais il était fait ainsi. Il les aimait tellement, ses orphelins réparés! Il souhaitait toujours le meilleur pour eux, mais parfois, ne savait pas exactement ce qu'étais ce meilleur, en quoi on le reconnaissait, si tout reposait sur ses épaules peut-être encore trop jeunes ... Lui qui n'avait pas eu une vie très rose, peut-être n'était-il pas fait pour être père ? Peut-être qu'il n'avait pas réussi à apporter un équilibre suffisant à ses enfants adoptés ? Il n'avait jamais été marié, et avait toujours été le seul à veiller sur eux, et ce n'était peut-être pas assez suffisant ... Oui, même si Julian semblait être un battant pour sa famille recomposée, il avait encore des moments de doutes. Il avait tellement souffert, des images qu'il voulait oublier défilaient encore parfois dans sa tête, et lui en faisaient perdre le sommeil ... et pourtant, il restait d'un naturel calme et paternel ...

      Lorsqu'il arriva au rez-de-chaussée, il vit une silhouette avachie sur un divan. Il s'approcha de la porte ouverte, discrètement. Il s'agissait de Kaede. Il s'agissait surement de l'une des personnes pour laquelle il s'inquiétait le plus. Elle était fragile, à cause de sa mémoire qui lui jouait des tous trop souvent. Il essayait d'être aussi présent que possible, et pourtant savait qu'un jour, elle devrait se débrouiller sans lui. Ses expériences pour améliorer les mécaniques de ses protégés étaient en partie consacrées à la mécanique de Kaede, parce que cette mécanique imparfaite la rendait trop vulnérable. Elle essayait trop souvent de se remémorer de se souvenirs de brides de vie dont elle ne se souvenait pourtant jamais, et lui essayait de l'aider comme il pouvait. Ca lui faisait horriblement mal au coeur de la voir recommencer un morceau de vie chaque jour ... En cela il avait été un mauvais réparateur. Il lui avait certes sauvé la vie, mais quelle vie avait-elle ? Elle souffrait peut-être trop ... Il fallait qu'il trouve une solution!

      Il entra dans la pièce commune à pas discrets et feutrés, puis la regarda. Elle semblait comme assoupie, mais en même temps, elle semblait toujours endormie, elle devait être en train d'essayer de se souvenir, encore ... Il s'approcha d'elle, se mit à sa hauteur en pliant ses jambes, devant elle, et lui demanda de sa voix chaude et paternelle, simplement :


      "Ca va, MayFly...?"

      Bien sur, il savait qu'elle n'allait pas, qu'elle se l'avoue ou non. Elle devait toujours réfléchir à son passé, se réinventer, trouver des souvenirs ... Mais il voulait l'aider, avoir une de ces conversations comme il en avait souvent avec ses protégés adorés. Avec sa voix et ses paroles, il espérait les rassurer sur le monde. Autrefois, il n'avait pas à les rassurer, ou alors seulement pour des bêtises, rien à voir à ce que le monde extérieur leur faisait découvrir. Maintenant, il savait qu'il devait leur consacrer encore plus de discussions, leur parler de leurs différences, leur apprendre la vie, leur parler, mais aussi leur apprendre à se méfier des horreurs du monde ... Il l'avait déja fait, durant toute leur jeunesse, mais il avait tellement peur pour eux ...


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    Re: Comme une huitre sur une perle |Julian|

    Message par Invité le Mar 13 Mai - 0:38

    C'était une fin de semaine, une fin de semaine comme il y en aurait de nombreuses autres durant ces années à la fac. Petite chose fragile qu'elle était, Kaede ignorait si elle serait capable un jour de tenir ne serais-ce qu'une semaine, pour oser au moins une fois regarder quelqu'un en face et répéter son prénom à l'infini. La petite poupée endommagée ne demandait en cela même pas de l'amour, mais de l'amitié; Elle n'était au fond pas bien compliquée, ne pouvant se le permettre. Mais si seulement une fois elle pouvait se tenir droite, le regard planté au fond des yeux d'une personne proche, et lui chuchoter son prénom sans avoir à penser que quelqu'un lui avait dit une heure plus tôt... Quel fol espoir, de ceux dont on ose jamais y croire. Une larme se forma au coin d'un des yeux fermés de la jeune fille, bien vite essuyée du bout d'un doigt replié dans cette unique occasion. Il ne servait à rien de pleurer, car les larmes n'amenaient jamais à rien, préférant garder les gens en étant victime enfermés dans un cercle vicieux et éternel. Un sourire suivit la larme, et sa forme semblait amère à cette pensée : Combien de fois avait-elle donc pleuré jusqu'à maintenant ?

    Puis vint la voix, comme dans un rêve, qui tira la moitié du cerveau de Kaede de son sommeil léger; Laissant glisser lentement ses paumes puis ses doigts sur ses joues rondes, la petite asiatique planta son regard brillant d'incertitudes dans le nid chaud du regard de Julian. Et avec ces yeux qui semblaient connaître toutes les réponses, un doux sourire mélancolique vint étirer les lèvres rosées de la mechanical, exprimant à lui seul toute la confiance qu'elle posait entre les mains de son père adoptif.

    - Julian...

    La voix de la jeune fille était douce, aussi basse qu'une brise soufflant dans un jardin de fleur en été, emplie à la fois de chaleur et de douleur, comme un mélange de fragilité et de force. Et dans cet unique nom, Kaede ayant toujours refusé de nommer Julian autrement, ressortait pourtant l'accent d'un battement de cœur plus rapide, de tous les sentiments que la jeune fille mettait dans ce nom. Le nom de celui qui possédait l'unique visage ayant marqué son cœur à vie, le nom de celui qu'elle arrivait à reconnaître lorsque tout le reste disparaissait, lui permettant de venir se réfugier auprès de lui en attendant qu'on lui rende sa vie. Kaede aimait Julian, peut-être un peu plus intensément encore qu'une fille n'aimait son véritable père, peut-être même plus profondément qu'une femme aimait l'homme de sa vie. Ce que ressentait l'asiatique pour celui qui l'avait recueillie semblait hors de toutes limites, qu'elles soient de l'esprit comme du temps et de l'espace, comme une chose qui dépasserait les siècles alors même que les deux protagonistes de la scène seraient morts. Pourquoi Kaede aurait-elle recherché l'amour, pourquoi Kaede aurait-elle dût rendre les regards des quelques garçons qui l'avaient remarquée à la faculté sans même qu'elle puisse se rappeler de leurs visages ? Tout ce qu'elle voulait était là, agenouillé devant elle, son regard dans le sien, semblant presque pénétrer son âme. Et toutes ces pensées d'amour et d'espoir transparaissait dans le regard expressif de la jeune fille, répondant bien plus loin que toutes les paroles au monde.

    - Je vais bien, maintenant que tu es là...

    Un bref instant, le rouge lui monta aux joues : Kaede, silencieuse d'ordinaire et incapable de formuler les sentiments qu'elle possédait pour autrui, se trouvait toujours maladroite à exprimer clairement ce qu'elle sentait dans chacun de ses battements de cœur. En elle-même, la phrase aurait pût passer pour celle d'une amoureuse transie à son prince charmant pour un observateur extérieur. Pour la brunette, ces termes étaient de trop pour lui dire ce qu'elle pensait, car aucun mot n'était suffisamment fort ni même suffisamment clair pour lui répondre avec exactitude. Mais les mots étaient là, timides et bousculés, et n'importe qui dans cette maison savait ce qu'ils signifiaient pour la jeune fille qu'elle était. Quant au reste... Si l'eurasienne mentait de cette façon, rien de mauvais ne semblait transparaître de ce mensonge; Juste l'envie impossible de rassurer Julian, de lui faire comprendre qu'en aucun cas elle ne lui en voulait et qu'elle pouvait encore se montrer patiente. Non pas le fait de nier l'existence totale du mal qui l'habitait, contrairement à ce que n'importe qu'elle personne normale aurait voulu faire.

    Gardant ses yeux cernés sur le visage de ce père que la vie avait bien voulu lui donner, Kaede porta une main à sa tête et agrandit imperceptiblement son sourire :

    - J'ai un test de mathématique à passer lundi... Est-ce que tu pourrais m'aider à ne pas l'oublier, s'il te plait ? Il ne faut surtout pas... Que j'oublie...

    Mais imperceptiblement, un sablier semblait presque tourner au-dessus de la tête de la jeune fille, égrainant les secondes de petits grains de sable sonnant comme des cloches. Elle pouvait oublier... A n'importe quel moment. En mangeant, en se lavant, en s'endormant, en étudiant, en parlant. Kaede pouvait s'arrêter d'un coup, fixer le vide, et se vider entièrement de ce que sa vie lui avait réservé, prête à en recommencer une nouvelle à partir des expériences d'une inconnue. Qui pouvait dire si un jour, se réveillant, elle accepterait de redevenir comme avant ?
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    Julian N. Johansson
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    Re: Comme une huitre sur une perle |Julian|

    Message par Julian N. Johansson le Mar 13 Mai - 23:03

      Julian, dans ces cas-là, ne disait pas grand chose, mais souvent il estimmait que quelques mots, lorsqu'ils étaient dit avec sincérité et sagesse, en valaient beaucoup plus et avaient une valeur inestimable aux yeux de celui ou celle qui les écoutait. C'était ce qu'il avait remarqué avec ses parents : quelques mots lui avaient toujours suffit à le remettre d'aplomb pour apprendre et étudier durant son enfance, et aujourd'hui, il passait ses journées à faire des expériences qu'il inventait lui-même et qu'il mettait des heures à améliorer, modifier le mieux possible, tourner toutes les solutions possibles dans son esprit...

      Au fond, on pouvait se dire qu'il était devenu ce que ses parents voulaient qu'ils soient : un travailleur acharné et qui aimait son travail. Seulement ce n'était pas le cas. Il réparait les gens, et ça, ça ne plaisait pas particulièrement à ses parents. Alors pourquoi faisait-il tout cela ? Lorsqu'il croisait un de ses orphelins réparés dans l'étrange villa où ils étaient installés, il ne se posait plus la question. C'était sans doute sa plus grande fierté, la meilleure chose qu'il aie fait de son existence: sauver des vies. Et il y travaillait encore, car sauver des vies ne suffisait pas, il fallait que ces vies soient belles et remplies de joie. Et pour ça, il avait dû leur ouvrir les portes du monde réel, et souvent, il le regrettait. Il avait tellement vécu de bons moments en leur compagnie, à leur enseigner la vie telle qu'il la concevait, avec les bons côtés, mais aussi à les préparer à ce moment en leur parlant des problèmes que certaines choses leur étant inconnues - comme l'amour- qui pouvaient les détruire. Il ne voulait pas que ses réparés deviennent comme lui : un célibataire endurci, qui vivait pratiquement en autarcie. Il voulait qu'ils soient forts, qu'ils apprennent, qu'ils soient intelligents, que rien ne leur échappe. Il les avait éduqués pour qu'ils en sachent le plus sur le monde qui les entourait, sans leur faire vivre les horreurs possibles parmi les humains, et là était surement son erreur la plus grande. Parfois encore la nuit, il se réveillait en sursaut en se demandant comment serait l'avenir de ses chers protégés, ceux qu'il aimait tant.

      Il avait peur pour certains d'entre eux en particulier, dont Kaede, jeune fille fragile à la mémoire qui lui faisait souvent - oh trop souvent!- faux bond. Il avait beau chercher un remède à tout ça, il lui était difficile de trouver quelque chose qui agisse de façon durable, et il ne voulait pas prendre sa protégée pour un cobaye, alors il ne lui avait fait essayé que quelques substances, très peu, et innefficaces, ou aux effets imprévisibles. Et lorsqu'il voyait la jeune fille, il avait envie de l'aider, en la réconfortant s'il ne le pouvait pas grâce à ses mécaniques. Il faisait ça avec tous ses adoptés, mais il savait que Kaede en avait plus besoin que d'autres. Il l'aimait énormément, peut-être la surprotégeait-il trop, au fond de lui, il avait peur qu'elle s'envole et se perde dans les chemins sinueux de la vie, et pourtant il voulait qu'elle devienne quelqu'un d'apprécié pour ce qu'elle était, en dehors de cette grande famille.

      Lorsqu'elle répéta, il lui fit un sourire chaud comme il aimait les faire à ses protégés. Que faire d'autres ? un sourire disait déja long sur l'amour qu'il leur portait, et eux semblaient bien le comprendre. Lorsqu'elle lui dit que maintenant qu'il était là, elle allait bien, ses yeux pétillèrent. Il était toujours heureux d'entendre un de ses enfants adorés lui dire qu'il était quelqu'un qui leur était utile, surtout dans ses moments de doutes, meme s'il les leur cachait.


      "Tu sais très bien que je serai toujours là pour toi, à n'importe quel moment, dans n'importe quelles circonstances ..."

      Il voulait toujours être présent pour elle, pour eux tous. Il se souvenait encore de quelques nuits ou certains d'entre eux venaient le réveiller, effrayés par un cauchemard ou même par un reportage vu à la télévision le soir-même avant de se coucher. Il ne voulait pas que ça change. Bien sur les choses avaient changé, ils avaient grandi, mûri. mais un climat de confiance avait toujours été présent dans cette grande famille, et il devait rester ainsi. C'était le souhait le plus cher de Julian, et il l'espérait, de tout le monde.

      Lorsqu'elle lui parla d'un devoir de mathématiques, elle comprit qu'elle ne voulait pas parler de cette différence mécanique qui lui en faisait tellement baver. Dans ces cas là, Julian n'insistait pas. Ils devaient en avoir marre de se sentir différents, surtout à présent qu'ils fréquentaient des étudiants d'Edimbourg, le genre de personne qui n'a jamais vu quelqu'un qui ne rentrait pas dans ses critères, pour la plupart d'entre eux. Il respectait le souhait de Kaede. Il lui avait souvent dit qu'ils pouvaient en parler quand ça lui chantait, elle était déja venue, lui était déja allé la réconforter alors qu'elle ne l'avait pas demandé clairement. Elle était comme sa fille, voir plus, et lui ne se privait pas de lui donner tout l'amour paternel dont elle semblait avoir besoin.


      "Je te promets que je te ferai donner le meilleur de toi-même!"

      Oui, elle avait surement, avec sa mécanique compliquée, un handicap par rapport aux autres. Autant Joshua avait des souvenirs qui ne lui appartenaient pas, autant elle ne se souvenait pas de sa propre vie, et son propre passé. Et lui voulait toujours l'aider à se souvenir, se souvenir qu'elle ne se souvenait pas, pour qu'elle n'oublie pas. Ca devenait un jeu compliqué, mais il voulait tout faire pour elle, la soutenir, l'aider mécaniquement. Il lui donnait parfois une petite fiole pour stimuler sa mémoire, qui fonctionnait plus ou moins. Cette fois-ci, peut-être pouvait-il augmenter la dose ? Mais il avait peur qu'elle ne devienne dépendante, ou qu'elle ne soit déçue par le résultat ... Et ça, il ne le voulait pas. L'espoir, voilà tout ce qu'elle avait, et on ne devait pas le lui enlever. Le lui proposer cette substance, malgré tout, rien que pour ce devoir ? Il n'osait pas, pour elle. Il la regardait toujours dans les yeux, voulant faire passer dans son regard tout l'amour dont il disposait.

      "Tu sais, de toute façon, que tu réussisses ce test ou non, ça ne fera pas de toi quelqu'un de bien ou non ... tu es quelqu'un de formidable sans ça, et ça, c'est quelque chose dont tu dois te souvenir plus que de formules de mathématiques sans importance ..."

      Julian avait parlé comme bien souvent, avec sagesse et calme. Ce test de mathématiques importait peu, et il était possible qu'elle aie du mal à le préparer malgré tous les efforts que tous les deux pouvaient fournir pendant ces quelques jours restants. Et pourtant, tout dépendait de sa mémoire, si elle oubliait entre le moment où elle avait intensément révisé et son devoir, ou non. Cela pouvait tout changer. Et il espérait qu'elle allait y arriver, parce qu'elle était une fille intelligente, bien plus que beaucoup d'autres personnes de ce monde. Il n'aimait pas la voir abattue, il voulait qu'elle y arrive, trouver quelque chose pour l'aider si c'était nécessaire... et pourtant, il voulait lui éviter de lui administrer un de ces liquides aux conséquences plus ou moins définies ...Cela ne valait pas que pour ce fichu test de sciences. Il voulait que sa vie soit un cadeau, qu'elle en profite et ne soit pas handicapée, qu'elle vive pleinement tout ce qu'elle avait à vivre, sans complexes... Sa mémoire lui jouait des tours ? très bien. Dans ce cas, qu'elle recommence sa vie comme elle le souhaitait, peut-être que ça l'aiderait à se souvenir, aussi, à stimuler ses souvenirs ... Peut-être qu'elle échouerait à ce test, et il voulait l'y faire à cette idée. Mais peu importait, et il voulait le lui faire comprendre, une note ne représentait rien dans sa vie, toutes ses notes rassemblées non plus. Il y avait plus important : vivre. il les avait envoyés dans cette université pour qu'ils apprennent, qu'ils vivent, et non pas pour qu'ils stressent à cause de tests sans intérêts ...


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    Re: Comme une huitre sur une perle |Julian|

    Message par Invité le Mer 14 Mai - 16:04

    Pour Kaede, il semblait complètement impossible de se détourner de Julian tandis qu'elle buvait ses paroles au fur et à mesure que ces dernières sortaient : Et dans ces mots, la mélancolie reprenait le dessus. Oh, la petite eurasienne connaissait très bien les sentiments de son père adoptif dans ce genre de situation, tout comme elle savait parfaitement qu'elle avait le droit de se plaindre ne serais-ce qu'une fois. Qui ne l'aurait pas fait à part elle ? Mais cela n'arrangerait pas le problème non plus, tout comme les divers essais qu'avaient fait le réparateur sur la mechanical : Existait-il ne serais-ce qu'une solution pour que la vie devienne normale, sans avoir le besoin de lire un livre éternel lui rappelant exactement qui elle était ?

    Peu importe ce que tu liras et vivras, sache que tu oublieras tout. Ton nom est Kaede Aoki, et tu es une orpheline comme tous les autres enfants que tu croiseras dans la villa de Julian; Si tu ne les reconnaitras pas, eux sauront exactement qui tu es. Quant à Julian... Ne t'inquiète pas pour lui car toujours tu sauras. Lui seul est gravé dans ta mémoire du cœur, une mémoire autrement plus puissante que celle de ton cerveau. Car oui, tout vient de là, tout vient de cette petite partie de toi qui a été endommagée plus jeune : Julian l'a réparée comme il le pouvait pour te sauver la vie, et dans tous les cas tu lui est reconnaissante à un point que tu comprendras vite par toi-même. Maintenant, lève-toi et marche : Ta vie s'ouvre devant toi, n'hésite pas à faire tout ce qui passe par ta petite tête ronde... Car, Kaede Aoki, tu oublieras tout.

    Un petit sourire triste se dessina à nouveau sur les lèvres fines de la jeune fille tandis que ces mots résonnaient avec force dans son esprit. En effet, que ne pouvait-elle se permettre ? Et malgré cet ordre personnel que sa propre main avait écrit dans une autre vie, jamais la petite brune n'avait oser en faire plus qu'une habitude sereine; Jamais elle n'avait rit aux blagues de quelqu'un d'autre, elle passait rarement du temps en dehors de ses livres, et personne n'était proche d'elle. Quel intérêt d'essayer de l'être d'ailleurs ? Sinon l'obligation de chaque jour répéter à cette petite cervelle d'oiseau où de poisson rouge qu'ils étaient amis. Personne n'aurait jamais cette étrange patience que témoignait Julian pour ses enfants, et le cœur de Kaede se serra à cette simple constatation : Elle ne savait pas ce que deviendrait sa vie lorsque ce dernier disparaîtrait. Car il partirait un jour, n'est-ce pas ? Encore une des ces réalités dures à accepter, propre à tout humain... Même aux mechanicals. Au final, tant de discutions pour une différence qui ne se comprenait pas pour l'eurasienne; Le même ciel, le même air, les mêmes sentiments... Et pourtant, tout pour se rejeter l'un l'autre.

    - Julian...

    Le regard suppliant et perdu, la jeune fille semblait presque se noyer dans les yeux de son père adoptif : Tant de questions qui resteraient éternellement sans réponse, alors à quoi bon ? Les fines mains de la jeune fille s'abaissèrent sur le tissu de la jupe mi-longue qu'elle avait mit aujourd'hui, venant serrer le tissu clair dans un geste nerveux à souhait. Non, Kaede ne pleurait pas. Elle ne le ferait pas, pas encore une fois. Mais sa voix en elle-même, se modulant et se cassant, parlait parfois bien plus dans le son que dans les mots et les larmes; Un rien suffisait pour comprendre cette jeune fille dont tous les gestes semblaient faits pour avoir une signification précise.

    - Julian... Qu'y a-t-il d'important alors ?

    Une corde sensible vint se mettre à vibrer dans son coeur aux battements affolés; Elle entendait ce petit son, comme un oiseau se battant pour fuir sa cage, et sentait presque ses veines se gorger de sang et de vie. Oh, quelle question existentielle pour qui n'arrivait pas à saisir tout ces concepts de la vie ! Bien sûr, n'importe qui aurait put lui répondre que l'important était d'avoir un beau futur, que l'important était de posséder l'amitié et l'amour. N'importe qui aurait put parler de ces choses dont Kaede avait peur, de ces choses qui ne l'atteindraient probablement jamais, petite créature destinée d'avance à vivre enfermée. Mais Julian n'en ferait pas autant, n'est-ce pas ? Un pli d'inquiétude vint souligner le front innocent de la jeune fille tandis qu'elle s'étirait pour se pencher vers son père adoptif, gardant son visage plus près de lui comme dans un effort désespéré de se plonger encore plus loin dans ses idées et ses réponses. Au final, la seule bonne réponse que possédait Kaede à ce genre de réponses, c'était... Que seul Julian était important, puisqu'il était le seul à l'avoir marqué. Partirait-il ? A nouveau, le cœur de l'eurasienne sembla bondir dans sa poitrine, se révoltant contre cet état de fait auquel elle n'aurait pas dût penser avant un bon moment.

    Dans le secret de son cœur, Kaede savait certaines choses sans être sûre qu'elle lui appartenait, qu'elle ne les avait pas inventées : Elle se voyait, petite fille, suivre à la trace ce père qu'elle venait de découvrir. Elle se voyait également dans des états de tristesse avancée, et elle reconnaissait sa silhouette s'approchant de la petite fille qu'elle était encore. Mais à nouveau, ce genre de choses étaient inscrites entre les lignes de son journal, lui appartenant sans qu'elle puisse clairement les posséder. Tout le monde, lisant un livre, aura tendance à voir des images dans sa tête, les personnages évoluer dans l'espace de la page; Kaede était dans la même situation... Pour ses propres expériences.

    Les lèvres de la jeune fille s'ouvrirent une nouvelle fois sur des paroles basses, à peine murmurées;

    - Julian... Je ne veux pas que tu parte... !

    Les yeux écarquillé, elle le fixait toujours, ne voyant que lui comme elle l'avait presque toujours fait. Si il partait, de quoi se souviendrait-elle ? Son cœur ne pourrait plus reconnaître quiconque, car la rassurante silhouette de ce père qu'elle aimait tant ne se découperait plus dans l'ouverture d'une porte. A ce moment là, pleurerait-elle toutes les larmes que son petit corps contenait ? Et après ? Qui lui expliquerait pourquoi elle avait pleuré, qui lui expliquerait que cet homme avait un jour existé dans sa vie, illuminant ses jours comme rien n'arrivait à les éclairer ne serais-ce qu'un peu ? Si la peur n'avait serré le ventre de Kaede en cet instant, le tremblement visible de ses muscles tendus l'auraient sans doute amenée à se laisser tomber sur Julian, juste dans l'espoir de le garder un peu plus longtemps. Mais comme souvent, ce geste restait enfermé au fond de l'esprit de la brunette, comme certaines paroles qu'elle ne prononçait pas.

    Et bon sang, pourquoi fallait-il donc que cette idée soudaine soit apparue en elle ?! Une petite grimace, entre le sourire d'excuse et la moue triste, vint à nouveau animer le visage de poupée que les origines avaient dessiné à la jeune japonaise. Oh, si seulement les gens pouvaient oublier certains de ses mots aussi facilement qu'elle oubliait tout... Comment serait le monde alors ? Serait-il triste de ne pas se souvenir où heureux de pouvoir débuter sans cesse une nouvelle vie, profitant de pouvoir faire ce qu'il veut puisque tout le monde oublierait ? Tout cela aurait-il seulement un sens ? Une ombre passa dans le regard de la jeune fille à l'idée que plusieurs personnes pouvaient rêver d'effacer aussi facilement leurs erreurs; Savaient-ils seulement ce qu'ils demandaient ? Alors qu'elle-même luttait si fort contre cet oubli, alors qu'elle-même aurait absolument tout fait pour ne serais-ce que se souvenir d'un sourire offert au détour d'une rue... Un bref instant encore, l'idée de demander à Julian de lui préparer une nouvelle substance effleura son esprit, comme de temps à autre l'idée de lui demander de faire absolument tout sur elle au risque de la tuer pour retrouver ne serais-ce qu'une partie de sa mémoire arrivait jusqu'à elle. Mais encore une fois, ses lèvres restèrent serrées entre elles : Jamais il ne voudrait et, dans un sens, même elle pouvait le comprendre. Quelle constatation amère que de ne pas savoir ce qui est bon où mauvais pour soi-même...
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    Julian N. Johansson
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    Re: Comme une huitre sur une perle |Julian|

    Message par Julian N. Johansson le Mer 14 Mai - 23:16

      Julian regardait toujours sa protégée, avec ce même sage, et renfermé qu'il avait toujours. Et pourtant, il était attentif. Attentif à tous les gestes de ses enfants, à tout ce qu'ils pouvaient ressentir à n'importe quel moment, parce que voilà à quoi se résumait sa vie. C'était son rôle premier. Il avait raté pas mal de choses dans sa vie. Mais la famille, la vie qu'il s'était créé dans cette étrange demeure, tout ça, était loin d'être artificiel, et juste pour passer le temps, comme on dit. Non, ce n'était rien de tout cela, loin de là. C'était sa vie, ce qui le rendait heureux. Bien sur, parfois il était dur de faire le bon choix, d'ailleurs les faisaient-ils toujours ? Il en doutait souvent, mais qui n'en doutait pas ? La frontière entre le bien et le mal, ce qui est bon ou ce qui est mauvais pour quelqu'un, un adolescent, un enfant qu'on aime, était parfois mince, trop transparente pour qu'on puisse réellement la voir et la distinguer complètement avant d'avoir agi. Mais le temps pouvait bien passer, rien ne changeait ses doutes et ses craintes sur ses agissements passé, sur ce qui était susceptible de se produite également.

      Car oui, il essayait d'anticiper, de prévoir, et c'était ce qu'il faisait autant que possible avec toutes ses expériences auxquelles il consacrait énormément de temps, peut-être trop. C'était aussi l'un de ses regrets. Car malgré le fait qu'il soit toujours présent pour écouter et prendre soin de ses enfants bien aimés, il lui était dûr de leur consacrer directement tout son temps. Bien sur, ses experiences, il les faisaient pour eux, pour améliorer leur présent et leur avenir, par amour, pour les protéger d'eux-même comme des dangers exterieurs auxquels ils étaient maintenant menacés. Mais parfois, il se disait qu'il en leur parlait pas assez. Et pourtant, Dieu seul savait combien de conversations il avait partagé avec eux, durant leur enfance et leur adolescence, mais encore maintenant. Certains étaient devenus plus indépendants et en demandaient moins que d'autres, qui avaient besoin d'être rassurés et encore besoin de sa présence paternelle et aussi réconfortante qu'il le souhaitait. Mais il n'avait pas eu que de ces conversations sérieuses, où chacun réfléchissait, donnait le meilleur de soi afin de rassurer l'autre. Surtout pendant leur enfance, il avait profité de leur joie et avait souvent passé des après-midi dans le jardin, à parler de tout et de rien, leur apprendre à philosopher et réfléchir de façon ludique. Il leur avait également appris tout ce qu'il savait, les avait instruits et ils y avaient pris assez goût, même s'ils ne bossaient pas sans arrêt. Il leur avait appris à lire des partitions, une façon de faire travailler leur mémoire sans en avoir l'air.

      Mais il y en avait pour qui ça s'était révélé plus difficile. Comme sa chère MayFly. Bien sur c'était une fille intelligence au même titre que les autres patients de Julian, elle avait de grandes capacités intellectuelles et sensible comme les gens l'étaient rarement de nos jours, trop pour Julian.

      Le petit sourire triste se dessinant sur le visage de Kaede fit de la peine à Julian. Il avait l'habitude de la voir comme ça, elle n'aimait pas montrer la quelconque joie qu'elle pouvait ressentir, toujours attachée à retrouver son présent et pouvoir être capable de se souvenir de lui dans le futur... Et pourtant, il aurait tout donner pour la voir heureuse malgré ce handicap qui la bouffait depuis tant d'années ... Tant d'années qu'il la voyait souffrir, qu'il venait la réconforter, qu'il la voyait oublier et se rappeller petit à petit, aux prix de grands efforts ... Le regard qui en disait long, comme toujours, que sa protégée lança au réparateur de gens, le troubla. Elle avait toujours la même façon, depuis toute petite, de s'exprimer par gestes, par sentiments qu'elle exprimait grâce à un regard, un sourire. En ça, tous les deux se ressemblaient et se comprenaient. Il lui répondit par un regard protecteur, et un sourire rassurant. Que dire d'autre ? Il l'aimait tellement! Il serait prêt à tout pour qu'elle se sente mieux! Mais comment faire ? La voix qu'elle prit ensuite le décida à répondre d'un ton toujours aussi paternel et encourageant, pour la rassurer autant que possible. Il avait appris de la vie qu'il avait passé sur cette terre, et il voulait qu'elle apprenne de lui, qu'elle se sente mieux, m^mee si cela prenait du temps...


      "Ce qui est important, c'est de vivre, et non pas de regarder les autres vivre. Tu oublies ton passé ? Fais-en toi une force. Recommence et refais ta vie comme tu le souhaites, ne réfléchis pas toujours à ce que tu pouvais être avant. Quoi que tu fasses, tu seras toujours celle que j'ai élevée, une fille exceptionnelle et bourrée de qualités. Prendre confiance en soi, voilà ce qui est important. S'accepter et vivre tel que tu le veux, ne pas se laisser par les poisses de la vie. Te trouver une raison de vivre, une passion, quelque chose pour laquelle ton coeur battera tous les jours."

      Lorsqu'elle lui annonca qu'elle ne voulait pas qu'il parte, Julian sentit son coeur s'emballer. Lui non plus ne voulait pas partir. Il y a des années, il aurait tout fait pour quitter ce monde qu'il considérait sans intérêt, dont il voyait uniquement les mauvais côtés. Mais il avait appris à réparer les erreurs que le onde produisait, à son échelle. Il avait appris à vivre avec ses échecs du passé sur son dos. Bien sur ce n'était pas tout le temps facile. Mais il avait trouvé sa raison de se lever le matin : sa famille. Il n'avait pas pu en avoir avec celle qu'il avait aimé et aimait toujours, très bien. Il avait mis tellement de temps à se remette! Et encore, se remettre, c'était un bien grand mot. Mais il s'était fait son propre avenir, il s'était fait sa famille, il l'avait choisie. Ce n'était pas ses enfants de sang. mais avoir des enfants avec uniquement des gênes en commun, quel intérêt ? Il avait des enfants de coeur, qui comptaient plus que n'importe qui sur cette planète. Lui non plus ne voulait pas les perdre, même après la mort. Surtout qu'il savait que certains, comme Kaede ou Clara, vivraient difficilement sans lui. Il les avait soumis à une dépendance, comme Clara qui ne pouvait manger que des nuages. Mais il n'y avait pas que cela, si seulement c'était le cas! Il les aimait tellement! Il esperait se souvenir d'eux même après sa mort, il espérait trouver un moyen même de rester avec eux aussi longtemps qu'ils vivraient, les accompagner dans leurs joies et dans leurs peines, les aider, rester leur père, un père éternel qui veillerait sur eux ...Il répondit simplement par un faible sourire et un petite rire au début de sa réponse.

      " Je ne suis pas si vieux!... Et je ne suis pas prêt de vous laisser. Je tiens trop à vous tous. Cet amour là me laissera parmi vous le temps qu'il faudra. Lorsque le moment viendra, c'est que tu seras prête, vous serez tous prêts. Tu auras ta propre vie. J'aurai alors accompli ce que je voulais faire de mon existence. Mais l'amour que j'éprouve pour toi sera toujours là, je t'écouterai toujours ..."

      Sa voix sage et douce ne savait pas quels mots utiliser. Il faisait souvent de longues phrases philosophiques, mais parfois, il suffisait d'un regard ou d'un geste pour faire passer la totalité de ses pensées. Il prit la petite tête de MayFly entre ses mains, et fit un tendre baiser sur son front. Non, il ne la laisserait pas tomber, il ne laisserait tomber aucun d'eux. Jamais. Parce qu'il les aimait, et l'amour, il le savait bien, c'était intemporel. Pour le meilleur et pour le pire.


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    Re: Comme une huitre sur une perle |Julian|

    Message par Invité le Dim 25 Mai - 15:02

    Au fond du regard expressif de la petite biche effrayée qu'était devenue Kaede au fil des années, un tourbillon d'émotions prenait forme. La peur, l'amour, l'hésitation, l'envie, la colère, la tristesse : Tant de contraires qui semblaient s'attirer dans les éclats d'argent qui habitaient les yeux de la douce mechanical. L'impression de s'envoler se reflétait imperceptiblement dans ces puits de douleur qui avaient si souvent versés des larmes pour une raison qu'elle ignorerait si son cœur ne battait plus. Car n'était-il pas le dernier rempart lui permettant de ne pas céder à la folie ? Voir le visage de Julian face au sien, sentir ses mots pénétrer sa chair et faire frissonner son âme, n'était-ce pas une motivation suffisante que pour continuer à espérer ? Si cette petite pompe de vie pouvait retenir l'image d'une personne en son sein, ne pouvait-elle pas en retenir d'autre et enchainer ensuite sur les passages d'une vie qui lui parlerait enfin ?

    Tant de questions cherchaient réponses, torturant ainsi leur fragile propriétaire. Dans un sens, cette conversation de plus avec le réparateur trouvait un écho au fond du corps fin de la jeune fille, comme un souvenir se changeant en sensation de déjà vu : Combien de fois avait-elle pût lui poser les mêmes questions, suivre les mêmes raisonnement ? Combien de fois l'avait-elle... Déçu ? Sa propre réflexion au milieu des paroles rassurantes de Julian lui firent l'effet d'une claque sur la joue, d'une eau gelée lancée au visage... Une réaction comme une autre qui força l'éphémère à porter d'autant plus d'attention à la façon qu'avait son père adoptif de la regarder, de la juger. Oh oui ! Combien de fois n'avait-elle pas suivit les conseils qu'il lui donnait à présent ? Son cœur se serra à cette idée et ses dents vinrent mordiller sa lèvre inférieure dans un tic de nervosité qui ne semblait appartenir qu'à elle.

    Se lever pour une raison, trouver un but, quelque chose qui prendrait la même place que lui dans son cœur, lui permettant de continuer à vivre une nouvelle vie sans rien perdre. Elle avait le droit d'être... Heureuse ? Un petit sourire nostalgique passa sur les traits pâles de la jeune fille alors qu'elle se penchait légèrement pour recevoir le baiser de Julian : Elle en avait le droit. Lui-même le disait, le clamait malgré ses habitudes d'être un peu plus réservé que la moyenne. D'une certaine façon, tout en connaissant l'amour que portait le réparateur pour tous, Kaede avait depuis longtemps compris que derrière ses grandes phrases il avait du mal à exprimer clairement ses sentiments. Mais qui s'en souciait ? Tous savaient, et ça leur suffisait.

    - Julian...

    Une nouvelle ombre se déposa dans les prunelles en amande qui plongeait dans le regard du réparateur, ombre approfondie par les longs cils noirs qui en ourlaient les bords. De temps à autre, la nuit pouvait paraître bien plus noire encore qu'à son habitude, témoignant d'une éclipse lunaire et de la disparition des étoiles : Ces moments là étaient-ils plus rassurant où le contraire pour ceux qui observaient ? Kaede esquissa une légère grimace d'hésitation, détournant un bref instant son regard de celui de Julian pour reprendre une respiration normale - La sienne s'étant un peu accélérée un instant auparavant. Lorsqu'elle en revint à sa position première, enfin sa voix aux accents d'orient s'élevèrent à nouveau avec douceur dans l'air pour peu de mots signifiant tout :

    - Et toi ?

    Derrière ces trois mots vivait alors une question, enroulée sur elle-même tel un serpent dont on ignore encore si il est venimeux où pas; Et lui ? Tant de mots, tant de sentiments pour ses enfants, que la question venait alors naturellement à qui se trouvait plus sensible que la moyenne. Faisant partie de cette triste unité sur laquelle l'existence semblait fondre ses secrets, il était plus fort que la petite poupée de demander. Et une fois de plus, témoin de sa discrétion, les quelques mots prononcés semblaient bien plus nombreux une fois qu'on tentait de lire entre les lignes : Son existence, pourquoi devait-elle être totalement centrée sur eux ? Bien sûr, l'eurasienne n'avait rien d'une personne égoïste, bien au contraire. Mais à force de leur dire d'avancer, pourquoi n'en faisait-il pas autant ? Kaede n'avait jamais été une adepte des grands discours, au contraire des discutions philosophiques que Julian avait pût avoir avec les autres mechanical. C'était à peine si elle avait été adepte des mots tout court, s'en servant uniquement lorsqu'il se révélait nécessaire qu'ils résonnent dans l'air si calme. Beaucoup pouvaient analyser ce trait de caractère comme de la bêtise, à être incapable de s'exprimer, comme on pouvait l'approcher d'une froideur qu'elle ne ressentait pas et d'une peur qui ne l'avait jamais fais frissonner. Pour la jeune fille, ce n'était qu'une façon comme une autre de mieux se faire comprendre : Un regard, un sourire, un geste pouvait être tellement plus clair que des mots que l'on cherchait encore et encore avant qu'ils ne sortent. Au moins ne prenait-elle pas le temps de réfléchir à ses mouvements, donnant plus de sincérité en eux-même que le monde autour ne semblait en posséder.

    D'une certaine manière, n'importe qui aurait pût témoigner que la vie en dehors de la villa ne lui correspondait absolument en rien, même en mettant son problème purement mécanique de côté. Avec son caractère d'enfant trop calme, ses réactions d'animal prit au piège et sa nature innocente qui semblait impossible à modifier, on aurait pût la croire échappée d'un tableau où d'une photo ancienne. Aucune décadence, aucune tentation ne s'agitait à l'intérieur de la petite silhouette tremblante qu'elle possédait; Tant de raisons, tant de chances de se faire briser, de voir ses ailes fondre à force de vouloir s'approcher du soleil.
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    Julian N. Johansson
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    Re: Comme une huitre sur une perle |Julian|

    Message par Julian N. Johansson le Sam 31 Mai - 12:59

      Julian regarda encore sa protégée. Jamais il ne s'en lasserait. Parce qu'il se disait qu'elle avait tant à vivre, que ce faible sourire pouvait encore tellement grandir, ses yeux avaient la possibilité de voyager, découvrir le monde, sa bouche pouvait apprendre à parler d'autres langues, de communiquer avec d'autres gens de son âge, de partager. Et pourtant, il savait que pour ça, Kaede allait devoir changer radicalement de mode de vie, de mode de fonctionner. Elle allait devoir changer totalement. Et ça, c'était impossible. Pas parce qu'il n'avait pas confiance en elle, loin de là, elle pouvait devenir plus sure d'elle-même, devenir forte, autant que possible, parce que c'était une fille courageuse. Mais parce qu'il ne voulait pas qu'elle change, et elle ne semblait pas en avoir spécialement l'envie non plus, il fallait bien l'avouer. Julian l'aimait comme elle était. Sa petite protégée. Faible, certes. Mais ce n'était pas un défaut. Douce, patiente, attentive ... Tellement de qualités disparues dans le monde actuel pour le réparateur de gens! Mais des qualités qui pouvaient mal tourner. Pas au défaut, car pour lui, même les défauts de Kaede étaient des qualités, seulement mal jugées par le monde exterieur. Elle pensait trop, se posait trop de question sur le sens de sa vie, ne profitait pas assez du moment présent...

      Il voulait tellement l'aider! Lui apprendre à vivre, à trouver quelque chose, une passion qui pourrait la faire avancer sur son petit chemin, lui donner le sourire! Il serait prêt à tout pour ça! Il voulait bien sur plus que tout trouver solution à son problème le plus important : la mémoire. Car quoi qu'on en dise, la mémoire forgeait une personne. Elle s'en sortait très bien car restait toujours fidèle à elle-même, à chaque fois qu'elle oubliait son passé, elle gardait en elle ce qui faisait sa force : son honnêteté, sa gentillesse, sa simplicité ...Tout ce que Julain aimait chez sa protégée, il avait le plaisir de le retrouver chaque jour, qu'elle aie son air perdu des matins où elle ne se souvenait pas son existence passé, ou qu'elle se souvienne encore de tout ce qu'elle avait vécu les journées précédentes. Il aimait la voir réfléchir lorsqu'il sortait de son bureau, la voir arpenter la vieille et étrange demeure de son air solitaire. Il aimait ce qu'elle était. Mais il voulait tellement que ce soit aussi le cas pour elle! Qu'elle s'accepte, et qu'elle vive! Car il manquait toujours ce quelque chose chez Kaede. Un sourire sur son doux visage...

      Lorsqu'elle prononça, puis cette petite question qui en disait long, il détourna le regard sur le sol. Il ne fuyait pas celui de Kaede. Mais il pensait, à tous ce qu'il avait vécu, tout ce qu'au fond, il voulait que ses protégés, ne puissent pas connaitre. Il en voulait pas qu'il tombe à trop vouloir s'élever. Il ne voulaient pas qu'ils souffrent de l'humanité, la mauvaise race humaine, qui faisait tellement de mal, était tellement égoiste et se détruisait elle-même ... Il ne voulait pas que chaque jour se remplisse de peur, de stress de ne pas pouvoir faire ce que leur quelconque supérieur hiérarchique voulait qu'il fasse. Et surtout, il ne voulait pas qu'ils souffrent d'amour, ce sentiment réputé si beau mais qui ratait son coup la moitié du temps. Il ne voulait pas que leur vive devienne un enfer. Mais il avait voulu les envoyer en ville parce qu'un jour, il faudrait bien qu'il les lâche. Et la plupart d'entre eux étaient ravis de faire de nouvelles connaissance, de regarder autour d'eux dans la rue d'un air curieux les différentes boutiques, les vieux pavés sur le sol et la pluie qui coulait dans les rigoles ... Oui, sa vie se résumait à ça. A les protéger. Mais il s'en contentait. Voilà ce qui lui donnait le sourire chaque matin lorsqu'il ouvrait les yeux sur une nouvelle journée. Il avait appris à vivre plus ou moins en autarcie- il ne sortait que pour palier aux besoin de sa grande famille-, et s'en contentait largement. Au moins, il ne souffrait pas le martyr en croisant un regard critique, un sourire moqueur ou en entendant une remarque sur sa façon de s'habiller. Bien sur, il ne vivait pas pour les autres. mais au fond, peut-être que le fait d'avoir passé sa jeunesse dans la demeure de ses parents était une raison à tout ça. Il avait envie de retrouver cette tranquilité d'autrefois. Mais au lieu d'avoir des parents peu présents, il devait un père d'adoption aussi présent et attentif que possible, prêt à tout pour ses enfants. Et il voulait que Kaede trouve aussi ce but, cette passion, cet amour qui la ferait sourire, vivre et oublier qu'elle oubliait.


      "Je suis heureux. Je n'ai pas besoin de plus, ni de moins. Juste de vous."

      Voilà ce qu'il lui avait répondu en perçant à nouveau ses yeux expressifs. Dans son propre regard passait beaucoup de choses, en cet instant précis. De la mélancolie, parce que la femme qu'il aimait lui manquait comme jamais, parce que le monde ne punissait pas ce qui le méritaient, parce qu'il voulait tellement revenir en arrière pour faire de Kaede une jeune fille heureuse et pleine d'espoir. Et peut-être qu'au fond, il savait qu'il fuyait les problèmes, même si jamais, oh grand jamais, il ne se le disait dans son esprit, parce que sa vie était là. Mais il y avait aussi de la fierté, parce qu'il était fier d'avoir réussi ce qu'il avait fait, même si tout n'était pas parfait.Des orphelins qui auraient pu mourir encore jeunes couraient, riaient, criaient dans la vaste demeure depuis une vingtaine d'année. C'était tout ce qu'il avait réussi dans sa vie. Sauver ces enfants...

      "Je veux que toi aussi tu trouves une raison de te lever tous les matins. Tu sauras que c'est la bonne, parce que tu ne l'oublieras pas."

      Comme, ça pouvait paraitre comme un ordre. Mais comme toujours, il lui laissait le choix. Il voulait l'aider. Qu'elle arrête de se retourner sur un passé dont elle ne se souvenait pas, qu'elle apprenne à avancer dans une direction qui lui serait définie par une passion. Une personne, un passe-temps. Quoi que ce soit, que ça l'aide. S'il fallait qu'elle sorte plus souvent à Edimbourg pour ça, Julian le voulait bien. Bien sur, sortir en ville pour elle représentait un vrai obtsacle. mais peut-être la solution était-elle là ? La faire avancer signifiait lui faire découvrir le monde. Bien sur il était cruel, sans pitié. Mais il y avait aussi de bons moments qui l'attendaient, il suffisait de les trouver. Et il l'aiderait.


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    Re: Comme une huitre sur une perle |Julian|

    Message par Invité le Mer 11 Juin - 1:10

    L'air égaré, le regard brillant de ses larmes qui semblaient ne jamais couler devant une tierce personne, Kaede observait avec attention les émotions qui défilaient sur le visage de son père adoptif; La peur, la douleur, ce remord qu'il avait de la voir ainsi sans pouvoir clairement y faire quelque chose. Oh non, la petite eurasienne n'était pas stupide contrairement à ce que l'absence de souvenirs pouvait laisser penser à quiconque étant au courant de ce triste défaut. On ne pouvait qu'admettre qu'elle était fragile et sensible, d'un caractère tournant souvent chez elle à une empathie douloureuse que la mechanical n'arrivait pas à partager avec les autres. Ce qu'elle aurait voulu en cet instant de calme partagé avec Julian ? Lentement se laisser couler dans ses bras forts, juste pour lui faire comprendre que malgré sa faiblesse elle pouvait être forte pour eux deux. Elle ne souriait pas, la jeune étudiante à l'air innocent, et rien ne laissait transpercer ce courage qu'elle possédait en vérité, cette douleur qu'elle ressentait elle-même à devoir dépendre autant des autres... Non pour elle-même, mais pour ceux qui devaient sans cesse lui prêter un bout de leur propre mémoire, qui aurait aisément put être plus utile à autre chose. Elise et sa joie habituelle lorsqu'elle lui donnait les informations des derniers jours, Julian et son air rassurant qui la persuadait d'avancer, Cunnilingus Jr. pour tout le bonheur malicieux qu'il apportait dans ses grands yeux. Combien de temps perdaient-ils à la choyer comme si elle était prête à se casser à tout moment sous leurs étreintes ?

    Une petite grimace vint marquer les traits de l'asiatique tandis que fleurissait dans son esprit la fleur de la jalousie, bien vite chassée par son naturel trop tendre : Julian s'occupait autant d'elle que des autres, tandis qu'Elise l'aimait pour ce qu'elle était. Bien sûr, la brune aurait sans doute put laisser ses pensées divaguer plus loin dans la sombre déprime ayant saisit son cœur, mais était-elle de ce genre de personne abandonnant avant d'avoir commencé ? Encore une fois, si personne ne pouvait s'en douter, ce n'était pas réellement dans son caractère. Dans un sens même, les plus proches d'elle pouvaient comprendre aisément qu'elle serait devenue une fille extrêmement joyeuse et facile d'approche si le temps ne lui avait pas joué son si mauvais tour de passe-passe. De temps à autre, bien qu'elle ne le savait pas à cet instant précis, quelques personnes avaient put l'observer sourire doucement alors que son âme elle-même admirait la beauté du parc de la demeure, dépossédant son visage de toute la nostalgie qui y régnait d'habitude. Mais qui pouvait affirmer avec certitude qu'il savait ce qu'elle désirait vraiment au fond de son cœur ? Même elle ne pouvait lire aussi bien entre les lignes que les gens dressaient, telles des barrières, entre eux : Preuve en était en ce moment alors qu'elle sentait imperceptiblement l'esquive des paroles de Julian.

    Juste eux. Comment pouvait-il prétendre être heureux alors que chaque jour ses mots résonnaient dans la demeure, parlant d'un amour dangereux qui en faisait pourtant rêver plus d'un et du danger du monde extérieur ? De ces mots, de ces phrases échappées aux détours de plusieurs conversations, Kaede avait depuis longtemps conclu - Dans la mesure du possible - Que Julian tentait de leur éviter ses propres douleurs dont les cicatrices ne semblaient pas encore fermer. Mais... Jamais il n'en parlait, revenant toujours à eux et au goût de la vie qu'il tentait de leur donner.

    Prise d'une soudaine inspiration qui éclaira étrangement son visage poupin, l'eurasienne reprit la parole de sa voix cristalline;

    - Julian.

    Pas de tremblement dans l'expression même des sentiments envahissant ce seul nom; Il ne semblait rester qu'une grande réflexion dans les grands yeux sombres de la jeune fille, presque un défi qui dans un sens préparait à une grande aventure tout en sachant que cette dernière disparaîtrait sûrement au bout de vingt-quatre heures.

    - Julian.

    Et pourtant, on pouvait sentir dans la répétition du prénom de son père une hésitation bien présente qui trouvait sa belle part dans des rêves lointains qui eux ne quittaient étrangement pas la jeune fille. Pouvait-on réellement parler de souvenir ? Le coin des lèvres rosées de la demoiselle se plissèrent légèrement, accompagnant par cela même le mouvement de ses yeux, avant qu'elle ne semble reprendre conscience de la phrase qu'elle comptait commencer et terminer.

    - Comment vivre pleinement si tu nous protège de la douleur ?

    Un bref instant, la jeune fille avait même réussit à soutenir le regard du réparateur de gens, très concentrée sur l'idée qui germait en elle. Comment, oui, comment ? Dans un sens, on pouvait presque ressentir que ce n'était pas la première fois que cette question revenait dans la tête de la brunette, comme une répétition lancinante qui revenait, comme un destin inexplicable. Puis elle détourna les yeux, et le contact rassurant s'estompa jusqu'à produire chez elle un léger dandinement dans le fauteuil, ses mains venant jouer avec les bords de sa tenue dans un ultime effort pour calmer les battements affolés de son cœur. Puis sa réflexion suivit son court et tourna probablement à la conversation la plus longue de la jeune fille depuis sa naissance, laissant entendre dans sa façon de s'exprimer la présence de cet esprit résolument bien présent :

    - Je ne veux en aucun cas paraître égoïste à tes yeux, car je sais très bien que je ne serais pas allée bien loin sans toi et sans le caractère que tu possède. Tu es bon, et en aucun cas je ne veux renier ça. Mais ne devrait-on pas se forger par nos propres erreurs ? Connaître l'amour, découvrir l'amitié en dehors de cette maison, se faire détester... Tout ce vécu ne créé-t-il pas mieux un être que de rester perpétuellement enfermés dans une cage que nous avons nous-même désiré ?

    La brune tenta d'esquisser un petit sourire qui devint vite un rictus alors qu'elle relevait son regard profond sur son réparateur : Aucun doute pour elle qu'elle se rendait dès lors ridicule, enfantine et qu'elle ne pouvait s'attendre à rien d'autre qu'une longue argumentation lui exprimant mieux qu'autre chose l'erreur énorme qu'elle commettait. Après tout, qui était-elle pour oser avancer une réflexion pareille, totalement opposée à tout ce que Julian avait apprit à ses orphelins jusque là ? Mais au vu du nombre de mots sortis à la seconde de sa bouche, la passion animant ses traits, cette histoire revêtait apparemment l'habit d'un intérêt sincère et profond... Peut-être même inoubliable, même si ce mot semblait étrange dans l'esprit même de la jeune MayFly. Le silence était à présent retombé, laissant le temps à l'eurasienne de réunir au fond d'elle-même toute la panique éveillée en elle par ses propres paroles. Vraiment, qui était-elle pour autant parler ? Elle qui ne pouvait connaître réellement tout cela, se contentant d'en rêver d'un bout à l'autre comme l'on trace le passage d'un étoile disparue.

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    Re: Comme une huitre sur une perle |Julian|

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